Cave et bar. Difficile de croire que les innombrables bouteilles parfaitement alignées sur les étagères de cette boutique du quartier du Flon sont dénuées d’alcool. Forme du flacon, étiquettes, code couleur… le large choix de la Sobrerie ne rime guère avec ennui. Après la création de sa boutique en ligne en 2023, puis quelques présences au sein d’espaces éphémères ici ou là dans Lausanne, Amélie Dumont (photo ci-dessus) a, depuis septembre 2025, investi l’ancienne échoppe de Mosto, qui vendait ici vin naturel, cidres et bières vivants, pour y proposer d'autres crus d'un nouveau genre. Dans cette petite arcade moderne complètement rénovée en fin d’année dernière, rayonnages boisés, rideau en toile de Jouy, cave en sous-sol et large bar incitent à prendre son temps pour élargir le champ des possibles: «Comme ce sont des produits nouveaux, le fait de pouvoir faire déguster est totalement indispensable. Beaucoup de personnes sont par exemple persuadées que les boissons sans alcool sont synonymes de boissons sucrées. Ils se rendent vite compte que c'est faux», assure la jeune femme, en nous tendant un bricelet salé tout droit venu de chez Déci Comptoir. Un délice délicieusement friable habituellement destiné à accompagner la découverte de ces néo liquides.

Amélie Dumont peut enfin faire découvrir ses trouvailles dans sa Sobrerie du centre de Lausanne.

Aucune boisson produite en Suisse ne figure pour l'instant sur les étals. Amélie Dumont ne désespère pas de dénicher quelques pépites dans les prochains mois.
Les 5 S. Epaulée par son compagnon Thomas, Amélie Dumont a d’abord créé la Sobrerie pour combler un manque d’abord très personnel:« Nous avions tous deux des jobs avec beaucoup de sorties et de représentations, et comme nous sommes deux grands épicuriens, cela devenait difficile de boire de l’alcool en semaine et le week end.» Inspirée par ce qui se fait déjà au Royaume-Uni ou en Allemagne, notamment à Berlin, la jeune femme part alors à la recherche de ce ces flacons 0,0%, persuadée que «lorsqu’on a le goût, on n’a pas besoin de l’ivresse.» Exigeante, Amélie Dumont s’oblige à une ligne claire: des boissons propres dans leur composition et suffisamment complexes aromatiquement pour s’accorder avec des plats: «On a vraiment axé nos recherches sur cela en respectant une sorte de règle tacite des "5 S": sain, savoureux, sophistiqué, sexy et surprenant.»

Ici, les propositions se divisent en boissons gastronomiques faites pour accompagner les meilleurs plats ou en apéritifs et autres similis taillés pour la mixologie.
Plaisir sans ivresse. Boissons gastronomiques venues de France, de Belgique ou de Scandinavie, jus issus de macération, d’infusion ou de fermentation, créations pour la mixologie… les références dénichées par Amélie séduisent autant les meilleurs chefs, Anne-Sophie Pic au Beau-Rivage, Franck Pelux au Lausanne Palace ou encore Alba Farnos à l’Abbaye de Montheron, que les clients particuliers désireux d’avoir le choix: «Aujourd’hui, même pour les plus épicuriens, l’alcool n’est pas systématique, il y a vraiment une prise de conscience de l’intérêt de diminuer sa consommation. 80% de notre clientèle sont des flexi-buveurs comme nous. C'est-à-dire des personnes qui continuent à apprécier de boire de l’alcool mais qui ne s’y sentent pas contraints par une absence d’alternatives à la hauteur ou par une certaine pression sociale.»
Photos: Egon Baud.

