Dans une lettre ouverte publiée sur son site internet, le restaurant, noté 13/20 au GaultMillau, annonce sa fermeture. En cause: un contentieux autour des nuisances sonores avec des riverains, mais aussi l’incapacité pour Vincent Roques, le restaurateur, de poursuivre son activité. Celui-ci reproche à la commune d’Anières (GE), propriétaire des murs et autorité municipale, son manque de soutien, mais surtout d’avoir passé sous silence d’anciennes plaintes pour nuisances émises avant la reprise, à l’époque du chef Claude Legras. Des signalements qui n’avaient pour autant pas remis en cause l’acceptation de son projet de gastronomie festive auprès de la commune. Il revient sur les circonstances de cette fermeture soudaine.
Pouvez-vous nous faire un petit retour historique sur la reprise du Floris?
Tout cela a débuté en 2020 quand mon père, qui est originaire du coin, a racheté presque sur un coup de tête ce lieu emblématique des hauteurs de Genève. Auparavant, ce restaurant avait vécu de belles années sous la houlette du chef Claude Legras, d’abord comme restaurant gastronomique, puis bistronomique. La conjoncture a malheureusement joué en sa défaveur. Il a choisi de remettre les clefs de son restaurant en 2020. Nous avons donc proposé une reprise avec un format plus festif et axé sur l’événementiel. Il nous semblait que c’était l’unique projet viable pour faire vivre cet immense restaurant de 800 mètres carrés. Celui-ci a été validé par la commune qui est, il faut le rappeler, propriétaire des murs.
Cette reprise ne s’est pas faite sans difficultés…
Pour ma part, je suis arrivé dans l’aventure en 2022, et ce fut en effet compliqué. Il y a eu des ajustements à faire. Auparavant, nous avons eu ce que nous pouvons appeler des erreurs de casting, mais je suis, j’étais…, très fier de notre chef Valentin Poirier et de cette belle équipe que nous avions construite. Quelle déception! Ce sont aujourd’hui dix-sept employés qui se retrouvent au chômage, sans compter nos fournisseurs locaux pour qui c’est évidemment un manque pécuniaire conséquent.

Le Floris a été repris par l'équipe actuelle en 2022.
Pensez-vous avoir sous-estimé le besoin de sérénité et de calme des Asniérois? Car ce sujet semble être le cœur du contentieux qui vous oppose désormais aux habitants et à la commune...
Honnêtement, je ne crois pas. Le souci, c’est que notre proposition était un projet de restauration certes, mais avec un focus très clair sur une gastronomie festive et une force événementielle. Tout cela était extrêmement clair dès le début. Et cette idée s’inscrit d’ailleurs dans l’expertise de notre groupe familial [ndlr: le Groupe Franco American, devenu Franco European]. Je rappelle que nous avons investi plus de 3,6 millions d’euros dans cette reprise. Quant aux riverains, je ne leur en veux pas du tout. Il faut tout de même noter que seules quatre ou cinq personnes semblent se plaindre de nos nuisances. Mais, ces personnes le faisaient déjà du temps du chef Legras, alors même que le Floris n’avait pas de vocation événementielle. Donc, le cœur du problème, c’est que les autorités étaient au courant de nos intentions et de nos choix commerciaux: elles auraient dû nous aviser clairement, faire un choix. Mais à l’époque personne ne se bousculait au portillon pour la reprise.
Avez-vous le sentiment d’avoir fait ce qu’il faut pour arrondir les angles?
Nous avons fait de notre mieux pour nous ajuster, en plus des travaux pour la fermeture de la terrasse. L’an dernier, j’ai demandé aux équipes de privilégier les événements d'ampleur en intérieur sur les saisons froides. Afin de continuer à travailler, nous avons aussi lancé un service traiteur pour proposer des événements en dehors du Floris cette fois. Il faut rappeler que Le Floris, c’est une capacité jusqu’à 600 personnes de clients debout, 60 couverts pour la Pinte, 80 dans la salle intérieure du restaurant, 120 sur la terrasse couverte, sans compter le jardin. Pour ce début 2026, j’avais déjà des demandes jusqu'à 30'000 couverts, avec des résultats potentiels de plus de 3 millions de francs. Il y a donc une vraie appétence des clients. Sauf que l’an dernier, la commune a imposé une limitation d’événements d'ampleur à quatre par an, alors que pour être rentable, il nous faudrait poursuivre avec un par semaine. Encore une fois, ce format nous est indispensable pour être un établissement rentable. Je suis désolé, mais avec 2500 habitants à Asnières, nous n’avions pas vocation à devenir une petite auberge de village.
Qu’attendez vous de cette lettre ouverte?
De mon côté, j’ai alarmé la commune à maintes reprises à ce sujet. Nous considérons que nous n’avons pas suffisamment été avertis sur la sensibilité du voisinage au sujet du bruit et des nuisances. Ces deux dernières années, nous avons dû refuser plus de 600'000 francs hors taxes de chiffre d'affaires événementiel: ce qui est extrêmement préjudiciable. Enfin, je souhaite ajouter que ce bâtiment - qui a plus de 20 ans - devrait faire l’objet de vastes rénovations, ou pourrait tout simplement être appelé à disparaître.

