Fin d'une ère. Sa mystérieuse vidéo postée ces jours sur Instagram laissait la place à toutes les spéculations. Bryan Lauper (Grande photo à droite), à la tête du restaurant familial depuis dix ans, y annonçait: «Le Petit Corbeau tel que vous le connaissez, c’est terminé. Une nouvelle ère commence.» Filmé dans son emblématique, et fort bien garnie, cave à vin voutée, il donnait rendez-vous à plus tard pour de plus amples explications.

 

De génération en génération. Ce charmant petit restaurant de village, divisé en café et en micro table «semi gastronomique», allait-il mettre la clé sous la porte? Ses habitués allaient-ils devoir dire adieu à cette adresse, sur laquelle le guide GaultMillau écrivait dans sa dernière édition: «Le charme opère à chaque fois dans ce restaurant de village, familial, intimiste et accueillant.(...) Dans l’assiette aussi, tout est mis en œuvre pour ravir les convives.» Son tenancier passionné, sixième génération de la famille Lauper à la tête de ce lieu convivial, allait-il être le dernier des siens à afficher son nom sur l'enseigne?

Restaurant "Le petit corbeau" à Chavornay.ici la salle du restaurant

Finie la salle du restaurant, la chaleureuse partie bistro, elle, perdure.

Changement de cap. Dans un courrier adressé à GaultMillau, Bryan Lauper rassure: «Après une longue période de réflexion, j’ai pris la décision de faire évoluer le concept du Petit Corbeau à l’issue de l’été. C’est une décision mûrement réfléchie, qui n’a pas été facile à prendre, tant la gastronomie et le plaisir de faire vivre une expérience en salle à manger me tiennent à cœur. Cependant, la réalité du marché nous pousse aujourd’hui à nous adapter. Nous constatons une demande toujours plus forte pour l’esprit brasserie, tandis que l’intérêt pour une offre gastronomique traditionnelle diminue progressivement.»

Le Petit Corbeau

Les tartares, comme les belles pièces de viande ou les cocottes de coquillages, feront partie des propositions à la carte.

Etonnante régularité. Contacté par téléphone, le restaurateur précise: «J'abandonne notre table semi-gastronomique pour me concentrer sur notre offre de bistro. Aujourd’hui, en campagne, les gens veulent des cartes toujours plus variées. Dans notre cuisine de 12 mètres carrés, à deux avec mon chef Alex Gremaud, c’est impossible. D’autant plus que celui-ci nous quitte pour partir en Australie. Recruter est aujourd’hui extrêmement compliqué.» À 38 ans, Bryan Lauper change donc de concept pour continuer à faire vivre son affaire familiale: «Nous fêtons cette année les 140 ans du restaurant en mains familiales. Mon arrière-grand-mère a été là pendant 40 ans, mes parents pendant 30 ans. Je m’adapte pour que l’histoire continue.»

 

Qualité toujours au rendez-vous. Toujours dotée d’une superbe carte des vins, Le Petit Corbeau change de branche sans y laisser des plumes: «Les produits seront toujours aussi qualitatifs, mais cuisinés plus simplement, dans un esprit épicurien et bon-vivant. Il y aura les mijotés de ma maman, le cordon-bleu qu'aime mon frère, de belles viandes, des plats toujours bien travaillés. On ajoute aussi un vrai menu enfant et la possibilité de passer au café pour déguster un bon verre de vin accompagné d’une généreuse planchette.» Sans mentir, si le ramage de ce Petit Corbeau se rapporte à ce nouveau plumage, il restera le phénix des hôtes de ce beau nord vaudois.

 

Le Petit Corbeau à Chavornay

 

Photos: DR