Lucrèce et César. L’association de ces deux prénoms sonne comme un titre de peplum. Comme une tragédie sanglante qui se jouerait entre deux héros aux destins tourmentés. Mais rien de tout cela ici. Le duel a plutôt des airs de duo complice, réunissant une sœur et son frère autour d’une passion commune: la cuisine. Depuis son départ de l’EHL et de son restaurant étoilé Le Berceau des Sens à la fin de l'été dernier, Lucrèce Lacchio donne un coup de main à son frère César, chef du Street Cellar, un chouette bar à vin du quartier du Flon à Lausanne. Un lieu où l’on boit aussi bien que l’on mange, grâce à une carte de street food toujours changeante, originale et fort bien exécutée. Au contact direct avec la clientèle, toute proche de son aîné, la cheffe autrefois étoilée ne s’ennuie guère: «C’est déjà super de travailler avec César. Puis l’endroit est vraiment sympa, tout le monde se tutoie, on parle aux clients. J’apprends des choses et paradoxalement, je sors de ma zone de confort, car les influences ici sont très asiatiques, sud américaines, donc ça m’ouvre l’esprit.»

 

Promue 2025. Annoncé l’été dernier pour mener un projet personnel, le départ de la jeune cheffe de 32 ans n’avait pas manqué de surprendre. Propulsée en 2023 à la tête du restaurant gastronomique de l’école hôtelière de Lausanne, la Grenobloise n’y rencontrait que des succès: non seulement elle avait su conserver une première étoile Michelin décrochée par son prédécesseur, le chef Cédric Bourassin, mais elle avait fait grimper sa note de 16 à 17 au GaultMillau qui en avait fait sa promue de l’année 2025. Un titre qui lui donne encore des frissons:«J’ai pleuré, j’étais si heureuse pour moi et pour mon équipe. On s’est investi à fond, on a grimpé d’un point. C’était super de partir à Ascona, dans ces beaux paysages du Tessin, pour la cérémonie. C’était vraiment un rêve. Quand j’ai quitté l’EHL, j’ai gardé ma plaque. Elle est accrochée chez moi.»

Koch des Jahres Guide GaultMillau 2025 - Lucrèce Lacchio

Ce titre de Promue de l'année du Guide GaultMillau 2025, Lucrèce Lacchio y pense encore avec émotion!

Du marché au bar. Fonceuse et plutôt du genre téméraire, «C’est en général quand on me dit de pas faire quelque chose que j’ai furieusement envie d’y aller», celle qui s’était également fait remarquer au Là-Haut aux côtés de Matthieu Bruno puis au Flacon à Carouge, où elle avait succédé à Yoan Caloué, quitte la prestigieuse école des hauts de Lausanne pour la Broye et Payerne. Là, c’est un projet aussi surprenant qu’elle qui devrait ouvrir à la rentrée 2026: Galeries 27, un complexe mêlant gastronomie et bien-être créé dans les anciens bâtiments de Manor. Et voulu par le chirurgien Patrick Maire et sa fille Lola: «C’est un bâtiment de six étages avec, à chacun, un endroit où manger ou se détendre. Au rez-de-chaussée, il y a aura par exemple un étal où acheter fruits, légumes, poissons et viandes, ainsi qu'une vinothèque. Ensuite, un étage tea room avec une cuisine aménagée pour que je puisse donner des cours de cuisine. Au-dessus, il y aura un spa, un espace bien-être et un barber. Ensuite un étage restaurant et enfin un bar.»

Lucrèce Lacchio Flacon

Des dressages ciselés, des cuissons parfaites, la jeune cheffe excellait déjà au Flacon, à Carouge.

Lucrèce Lacchio Berceau des Sens

Le travail des fruits en sucré-salé, une des signatures de la cheffe.

Grandes espérances. Mais que prévoit donc la pétillante cheffe pour ses restaurants? «Avec mon binôme Geoffrey Chafi, nous voulons créer des tables accessibles à tout le monde, pas guindées, avec des prix raisonnables, un business lunch à midi, un menu plus gastronomique le soir. J’y mettrai mon empreinte, un mélange de Flacon et de Berceau des sens. Je veux pouvoir par exemple pouvoir offrir un menu de midi avec des saveurs nouvelles, des dressages ciselés.» Et lorsqu'on lui parle de ses ambitions dans cette future table, celle qui ne manie pas la langue de bois les concède :«Bien sûr que j’ai des espérances, je ne sais pas faire autrement. Mais on va y aller progressivement.»

 

Douce parenthèse. En attendant, Lucrèce prend son temps, entre le Street Cellar et les plans de la cuisine de son futur restaurant qu’elle a tenu à totalement dessiner:«Je fais du sport, je fais mes cadeaux de Noël, je suis totalement excitée le jour et complètement angoissée la nuit.» Lorsqu’on lui demande si cette parenthèse lui laisse le temps d’ajouter un tatouage à sa collection déjà nombreuse, elle répond du tac au tac en riant: «Je voulais me faire tatouer mon 17/20 mais en fait, je me dis que je vais peut-être attendre le 18, sait-on jamais!»

 

Photos: Gabriel Monnet, Adrian Bretscher, DR


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