Texte: Caroline Micaela Hauger
Loïc Meillard secret. Toujours aimable, le skieur, qui vient tout juste de rafler la médaille d'or de slalom aux Jeux Olympiques de Milan Cortina, est plutôt du genre réservé. Des confidences sur sa vie privée? Pas vraiment sa tasse de thé. Mais il y a toujours une exception. Comme lors de la séance photo et du long entretien accordé au Caminada-Magazin, durant laquelle le champion olympique valaisan a révélé quelques-unes de ses passions. Dans le désordre, on trouve: la photographie, les montres anciennes, le cadre naturel du barrage de la Grande Dixence et... La bonne chère! D'ailleurs, on le croise souvent au château de Schauenstein (GR) du chef Andreas Caminada (19/20), toujours accompagné de sa compagne grisonne, Zoé Chastan. Aussi sportifs l'un que l'autre, c'est à vélo de course qu'ils se rendent à Fürstenau, où se situe le château. Zoé, attachée de presse chez Swiss Ski, est enceinte, et Loïc sera papa cet été. Un bonheur encore plus important que l'or! Un entretien sur le talent, le plaisir et le dépassement de soi.

Le champion olympique Loïc Meillard et sa compagne Zoé Chastan, attachée de presse de l'équipe suisse de ski, ne se voient que dans la zone d'arrivée. Vivre ensemble pendant les Jeux olympiques est hors de question.
Comment avez-vous rencontré Andreas Caminada?
Je rencontre beaucoup de gens, mais souvent, les relations restent superficielles. Ma première rencontre avec Andreas était plutôt originale! Il y a quatre ans, ma compagne Zoé et moi étions à vélo et voulions nous arrêter prendre un café au château de Schauenstein, mais il était fermé. L'oncle d'Andreas, qui est jardinier, nous a reconnus et nous a accueillis. Andreas s'est joint à nous ensuite. Depuis, nous avons mangé chez lui deux fois.
Qu'avez-vous particulièrement apprécié?
Le fromage! Et là, je m'y connais. C'était de la folie. D'habitude, on est déjà bien calé à ce stade, mais sur ce plateau de fromages, il y avait encore du pain, de la viande des Grisons, des pommes de terre et des maluns (une spécialité grisonne à base de pommes de terre, de farine et de beurre). J'ai failli exploser.
Aimez-vous les aliments comme le caviar, les truffes, les huîtres ou encore les cuisses de grenouille?
Vous avez oublié le foie gras! J’en raffolais déjà enfant. Pour moi, la question porte davantage sur l’origine, les méthodes d’élevage et la qualité. J’aime déguster du homard frais, mais en bord de mer, parce que cela fait partie de la culture locale.
Qu'admirez-vous chez Andreas Caminada?
Ce qu'Andreas a accompli est fantastique. Il est un modèle pour la relève des jeunes chefs. J'admire sa passion, cette étincelle qui brille dans ses yeux.
Avec quoi régalez-vous votre compagne lors d'un dîner aux chandelles?
Comme nous mangeons souvent à l'hôtel, j'adore cuisiner. Je commencerais par un tartare de bœuf d'Hérens de notre vallée, suivi d'un tiramisu en dessert, et d'un risotto aux myrtilles entre les deux.
Vous vous accorderiez un bon verre de vin?
Mais bien sûr! Je suis d'ailleurs partenaire du domaine viticole Maison Gilliard à Sion.
En tant qu'athlète de haut niveau, avez-vous le droit de prendre quelques kilos?
Personne ne me réprimande à ce sujet, il n’y a pas de limite précise. L’important, c’est d’être en forme et de se sentir bien dans son corps.

Intelligent, modeste, incroyablement doué, tel est le champion olympique Loïc Meillard.

La position accroupie parfaitement aérodynamique, même pendant la séance photo.

Loïc, qui collectionne les montres et les appareils photo anciens, a un don pour les belles images.
Que pensez-vous des succès de l'équipe suisse pendant ces Jeux?
Lorsqu’un coéquipier monte sur le podium, je me réjouis pour lui. Cela me motive à me retrouver moi-même là-haut la fois suivante. Avec du talent, on gagne peut-être une course par hasard, sans vraiment savoir pourquoi. Mais le travail et la persévérance sont bien plus déterminants. Je sais bien cacher mes émotions, pourtant, je ne suis pas aussi zen qu’il n’y paraît. À chaque course, je donne le meilleur de moi-même, je n'ai rien de plus à offrir. Je peux d’ores et déjà être fier d’une carrière que d’autres n’atteindront probablement jamais.
Qu'est-ce que ça fait d'être constamment comparé à Marco Odermatt ?
Nous sommes de bons amis et nous discutons ouvertement. Les médias, qui nous montent constamment l'un contre l'autre, sont vraiment pénibles.
En Suisse, tout le monde connaît le visage d'Odermatt. Et le vôtre ?
Ca bouge pas mal à ce niveau-là en Valais. Heureusement, les Suisses sont réservés. Si une personne ose venir, tout le monde suit. Si personne n'ose, je profite du calme.

Pour Loïc Meillard, Andreas Caminada est un modèle pour les jeunes chefs prometteurs.
Est-ce que la vie de sportif de haut niveau est difficile?
Bien sûr, ce serait agréable d'avoir plus de temps libre et de liberté. Pour le corps comme pour l'esprit, ce serait nettement mieux... Chaque minute où je peux choisir moi-même ce que je fais est un cadeau. Bivouaquer en montagne est par exemple quelque chose que j'apprécie.
Vous n'en avez jamais assez du froid, de la glace et de la neige?
De manière générale, en tant qu'humains, nous sommes de plus en plus exposés au stress dans tellement de domaines. Dans les Alpes, je vis pleinement l'instant présent. La nature est pour moi une source d'énergie incroyable. Je recherche délibérément la solitude pour rassembler mes pensées, profiter de la beauté de la montagne et l'immortaliser en images. Même en voyage, j'ai toujours mes appareils photo avec moi.
Quels sont les trois lieux qui vous font du bien?
En été, une randonnée jusqu'au barrage de la Grande Dixence avec une halte à la cabane de Prafleuri. En automne, une sortie à la cabane d'Essertze sur la crête dominant les Gouilles d'Essertze. En hiver, une randonnée en raquettes ou en peaux de phoque vers Mandelon, dans le val d'Hérens.
Où est ce que vous vous sentez vraiment chez vous ?
Je me sens chez moi quand j'ouvre la porte de mon appartement à Hérémence après un long stage d'entraînement ou une compétition. Là je le ressens: je suis au bon endroit.
Où vous voyez-vous dans dix ans ?
J'aurais alors 39 ans. J'espére bien être déjà à la retraite!
Photos: Sven Bänziger, Getty, Keystone-SDA
