Ambassade lausannoise. Il aurait pu être installé à Marseille, avoir l’accent qui chante et le verbe haut. Soit le profil attendu de l’amoureux de l'apéritif anisé que l’on devine sur son compte Instagram Passion du Pastis. Rien de tout cela. Boris Delorme (grande photo ci-dessus) vit à Lausanne dans un joli petit immeuble du quartier du Valentin. Lyonnais de son état, il n’a point l'exubérance pagnolesque des natifs de la cité phocéenne.
Pastis sans frontière. Si l’homme est discret, certains signes trahissent indubitablement sa marotte: le t-shirt Pastis Klub qu’il arbore pour nous recevoir. Un livre sur la saga Paul Ricard posé sur sa cheminée. Une carafe vintage estampillée Berger, célèbre marque marseillaise à côté. Eh bien sûr, clou de la visite, une armoire vitrée renfermant près de 170 flacons de l’objet de son intérêt. Des bouteilles venues des quatre coins du monde qu’il met en scène sur son compte Instagram Passion du pastis.
Etonnante diversité. À coups de clichés représentant systématiquement la bouteille secondée d'un verre du breuvage dilué, celui qui est en charge de la communication digitale de Pro Senectute Vaud dresse un bel état des lieux anisé: «Mon but n’est pas de critiquer, de dire que l’un est meilleur que l’autre. Je veux juste montrer la diversité, souvent méconnue, de cet alcool.» Sur ce compte, le Français, installé en Suisse depuis 16 ans, ne se met pas plus en scène: «Je sais par expérience que mon compte serait plus visible mais je préfère mettre en avant le pastis plutôt que moi», nous confie ce discret en souriant.

Le pastis suisse Larusée, élaboré dans le Val-de-Ruz, ne cesse de rafler des prix. Il est l'un des préférés de Boris Delorme.
170 bouteilles. On est tout de même surpris par le nombre et la provenance de ses précieux flacons, en très grande majorité issus de productions artisanales: «Pour l’instant, j’ai des bouteilles de France, Suisse, Belgique, Allemagne,Italie, Australie, Canada, Mexique et Laos.» Curieux, le passionné est sans cesse en quête de découvertes. Même si celles-ci peuvent parfois s’avérer décevantes: «Par principe, j’essaie de déguster tout ce qui porte l’appellation pastis. Ma compagne, qui n’est pas une fan de cet alcool, goûte souvent avec moi. Dernièrement, j’ai reçu un exemplaire d’une bouteille à l’huître et à la salicorne. Le goût salin et iodé n'était pas assez prononcé.» Entre les recettes douteuses et les étiquettes rigolotes, le collectionneur garde le cap avec humour. Cet exemplaire orné de Patrick Chirac, personnage du film Camping immortalisé par Franck Dubosc, il en rigole: «C'est un peu le symbole du côté beauf du pastis, que j’assume totalement!»
Cuvées millésimées. Le combo short, marcel, bob, boules de pétanque et verre de Ricard bien chargé. Voici les clichés qui ont longtemps été associés au pastis, boisson ultra populaire et peu chère. Une époque révolue depuis que de petits producteurs ont eu à cœur de redonner à cet anisé ses lettres de noblesse en mode artisanal. Avec davantage de subtilité, d’équilibre, d’arômes de plantes, les nouveaux pastis entrent dans la cour des grands: «De plus en plus d’étoilés mettent des pastis à la carte. Ces alcools gagnent des prix dans de grands concours. Des marques comme Larusée en Suisse, Château des Creissauds à Aubagne ou Martinat à Saint-Rémy-de-Provence produisent des choses fantastiques.»

Sur son profil Instagram, Boris Delorme shoote bouteille et boisson diluée. Pour chacune, le passionné raconte son histoire. Ici, Le Vacancier, de la distillerie auvergnate Cérès et son étiquette haute en couleur.

Le Pastis Képi Blanc Camerone est né d’une collaboration originale entre la Maison Ferroni et la Légion étrangère en France.
Richesse aromatique. Pour Boris Delorme, un bon pastis est d’abord un «pastis que l’on partage». «Ensuite, j’ai tendance à préférer les pastis qui ne sont pas trop réglissés, qui sont bien équilibrés. Je les apprécie quand ils sont quand même pas trop chargés, bien dilués.» Son favori? Le Château des Creissauds, un pastis millésimé produit à Aubagne par la Maison Ferroni. Élaboré à base de plantes récoltées sur le domaine, il présente des notes d'anis, de réglisse et d'herbes de Méditerranée. Frais et élégant, il est conditionné dans des bouteilles qui rappellent celles du vin, elles-mêmes enfermées dans des coffrets de bois. «Lors des Rencontres Anisées qui se sont tenues à Aubagne dernièrement, j’ai pu goûter un Château des Creissauds millésime 2018. Un pastis au goût magnifique, parfaitement équilibré. Rien qu’en y repensant, j’ai les poils qui se dressent!»
Osez l'anisé. Si le passionné de pastis a deux rêves, participer aux dégustations du Concours Agricole de Paris des anisés et concevoir sa propre recette de pastis, il n'a qu’un regret: que sa boisson préférée soit si peu au menu des bars en Suisse: «Je vais au Paléo cette semaine et je sais que je ne pourrai pas boire de pastis.»
Photos: Passion du Pastis, Larusée, Jennifer Segui

