Texte:David Moginier
UN AUTRE FRÈRE. Au départ, c’était son frère, Lucien, qui travaillait avec le paternel au Domaine de Terre-Neuve, à Saint-Prex (VD). Mais celui-ci a renoncé à reprendre l’exploitation et a décidé de changer de voie. Simon Kind , employé de commerce dans une compagnie d’assurance voyage, en avait assez d’être assis dans un bureau en pleine pandémie et rêvait de travailler dehors. Il a sauté sur l’occasion de remplacer le frérot. Après un stage au domaine, puis une année chez Denis Bovard, à Cully, il suit la HES de Changins pour en sortir ingénieur œnologue. Depuis, le voilà aux côtés de son père dont il va prendre la succession, d’ici deux à trois ans. «C’est pas mal de responsabilités.» (Photo ci-dessus: David et Simon Kind).
IRONIE DE L’HISTOIRE. Au départ, le domaine avait été créé par Alexis Forel, avant d’être racheté en 1919 par des industriels zurichois, les Kind, qui en avaient fait leur maison de vacances, des tâcherons s’occupant des cultures et des trois hectares de vignes où poussaient les traditionnels chasselas et gamay. Jusqu’au jour où le petit David Kind, l’arrière-petit-fils, a attrapé le virus de l’agriculture et obtenu son diplôme. Il s’imaginait même acheter un grand domaine au Canada, terre promise. Mais les choses n’ont pas été aussi simples. David s’est donc reconverti en vigneron, a réussi à partager le domaine avec ses cousins et à se lancer seul en 1996, après avoir travaillé sept ans chez Antoine Bovard (oui, le père du même Denis Bovard ci-dessus).

De pères en fils: David Kind (à gauche) a été formé notamment chez Antoine Bovard, dont le fils Denis a par la suite formé… Simon Kind.

Simon Kind a de plus en plus de responsabilités, mais c'est bien au contact de la vigne qu'il s'épanouit.
LA PASSION DE LA VIGNE. Simon, lui, adore être à la vigne, travailler dehors, au contact de la nature. Le voilà désormais responsable du domaine et de la cave. «Je retourne à la vigne dès que je peux et j’apprends beaucoup avec mon père à la cave. À Changins, on nous enseigne beaucoup de choses. Mais, c’est bien ici que je progresse vraiment.» Il faut dire que son père n’a plus rien à prouver. Les trois hectares sont dorénavant huit, les trois vins sont devenus une quinzaine, et les trophées des concours trônent dans le vaste espace de dégustation ouvert du lundi au samedi. «On s’arrange pour qu’il y ait toujours quelqu’un. C’est notre force, cette convivialité. Avec notre grande table, les gens peuvent arriver seuls et repartir avec des amis.»
REPRISE COMPLIQUÉE. Bien sûr, la situation économique de la viticulture est difficile à l’heure où Simon va bientôt reprendre Terre-Neuve. «C’est une pression, mais nous avons de bons produits, une clientèle essentiellement privée qui nous est fidèle, et plus de vente en vrac. Cela ne m’empêche pas de chercher de nouveaux débouchés.» Par exemple en créant ou en participant à des événements, comme lors de la sortie d’une cuvée particulière de merlot, la 333, dont l'étiquette a été décorée par l'artiste Joël de Warrat. Celui qui est par ailleurs guitariste tendance rock métal s’imagine bien accueillir des concerts. Il songe aussi à l’exportation dans les pays nordiques. Enfin, le tout jeune papa a aussi une priorité pour son fils de deux ans.

Le Domaine Terre-Neuve, à Saint-Prex.
GARDER LA LIGNE. Le futur patron ne va pas changer le style de vin de son père, axé sur la buvabilité, la modestie, l’accessibilité. «Nous faisons des vins fins et francs, qui plaisent. Et nous respectons chaque cépage pour en tirer le meilleur. Peut-être que, dans quelques années, je tenterai de casser un peu les codes, de faire des cuvées tests pour aller vers la modernité. Mais je vais d’abord conserver ce qui fait notre force. Nous ne sommes pas bio, mais nous essayons de traiter le moins possible. Une année comme 2024, je ne me serais pas vu passer trente fois dans les vignes pour mettre du cuivre si j’avais été en bio.»
COUP DE CŒUR: Le merlot 2023, vinifié en barrique (20% de bois neuf) et élevé seize mois pour lui donner du corps et du fruit. Un vin tannique pour accompagner une belle viande.
EN CAVE: chasselas et chasselas réserve 2024, chardonnay 2023, pinot gris 2023, sauvignon blanc 2023, viognier 2023, rosé 2023, gamay 2023, pinot noir 2023, gamaret 2023, assemblage 2022, merlot 2023, servagnin 2022, mousseux non millésimé, chardonnay passerillé 2021.
Trois CHEFS gaultmillau QUI PROPOSENT LEurs VINS: Rémy Gravelaine au Casino, à Morges (15/20), Yves Klein au Basuges, à Saint-Prex (pas noté).
L'ACCORD parfait: Le sauvagnin blanc apprécie un risotto au safran pour lui confronter son côté fruits exotiques.
