Texte:David Moginier

 

Viticulture héroïque. Le Domaine des Afforêts est accroché à la pente sur la route des Diablerets. Une viticulture de montagne, initiée par le grand-père Georges, serrurier du val d’Hérens émigré à Aigle, qui avait acheté 2,5 hectares de vignes. Les premières parcelles du domaine en contrebas sont tellement pentues qu’il n’est pas imaginable de les cultiver mécaniquement. Il s’agit bien là de cette «viticulture héroïque» définie par le CERVIM (Centre de recherches, études et valorisation pour la viticulture de montagne): plus de 30% de pentes, plus de 500 m d’altitude. «Nous sommes convaincus que ces coteaux donnent les meilleurs vins, affirme le petit-fils Florian. Le jour où les vignerons lâcheront les coteaux pour des raisons économiques, la qualité baissera.»

 

Un autre métier. Son frère Gilles dit la même chose: «Ce n’est pas le même métier que vigneron de plaine. Quand on a des apprentis qui viennent de La Côte vaudoise, ils sont vraiment surpris.» Les deux frères aiment ces pentes, qu’elles soient à Aigle, à Ollon ou à Bex. Ils ont repris le domaine de 16,5 hectares développé par leurs parents,Jean-Claude et Lise. Un tiers environ est travaillé en tâche pour Obrist ou la commune d’Aigle, un autre tiers part en raisins chez Badoux et dans trois coopératives de la région. Le dernier tiers est encavé et vendu en bouteilles au domaine. «Depuis cinq ans, on vend 5000 bouteilles de plus chaque année en moyenne.»

 

Une nouvelle cave. Florian et Gilles voulaient une nouvelle cave sans avoir ni les moyens ni le temps d’en construire une. En apprenant que celle de Bernard Cavé, à Ollon, était sur le marché, ils ont investi toutes leurs économies et obtenu un prêt pour récupérer ce domaine rendu célèbre par son œnologue vedette. Les trois hectares de vignes sont également pentus et le bâtiment était idéal, au bord de la route qui monte à Villars. Ils y ont déménagé leurs cuves et celles qu’ils ont achetées d’occasion trois jours avant le début de la vendange. «Cela a fait un coup à nos parents de voir partir le matériel de leur vie, mais nous laissons aux Afforêts les barriques de vin blanc.»

<p>David Moginier</p>

Lors des vendanges, le mot viticulture héroïque prend tout son sens.

Deux espaces de vins blancs. Les Favre vont conserver le local de vente en haut et en ouvrir un second à Ollon, complété par une grande salle qui permettra d’organiser ou d’accueillir des événements autour de leurs vins. «Mais nous voulons garder une taille humaine, pouvoir tout maîtriser tous les deux», rassure Florian, qui travaille à 80% pour pouvoir, les mercredis, veiller sur sa fille Céleste qu’il a eue avec sa femme Natascha, avocate. Gilles poursuit: «Nous sommes des agriculteurs, nous aimons bien tout contrôler… Et nous voulons garder des vins de qualité accessibles à tout le monde avec nos prix raisonnables.» Des tarifs hérités du grand-père syndicaliste qui voulait rester populaire.

 

Des vins de qualité. «En même temps, ce sont nos vins les plus chers qui se vendent le mieux», sourit Florian. Il faut dire que leur gamay et leur pinot noir de Comba-Vy ont gagné de belles récompenses au Grand Prix des vins suisses. Entre leurs entrées de gamme et leurs vins en barrique, la fourchette de prix va de 13 fr. 50 à 21 fr., «mais nous allons peut-être augmenter légèrement.» Entre la difficulté de culture, les 22 kilomètres de murs à entretenir et beaucoup d’élevage en barriques, ce serait compréhensible. «Je crois qu’il faut comprendre le marché et la clientèle, affirme Florian. Nous avons des vins de niche, dans des domaines où nos collègues ne vont pas forcément. Nous ne faisons par exemple aucune fermentation malolactique sur nos blancs. Nos chasselas ne vont pas gagner au Mondial du cépage, mais ils ont du caractère et leurs fidèles.»

 

Des vins de pays. De leurs origines valaisannes, les Favre ont aussi gardé une vigne à Nendaz avant de récupérer des parcelles à Fully et à Vétroz. «On y a de l’arvine, de la syrah, du gamay et du savagnin, explique Florian. Mais comme on le vinifie ici, nous n’avons pas droit à l’AOC Valais. Ce n’est pas grave, on le fait en vin de pays, et ces vins remportent les suffrages quand même.» Face à la crise viticole, Gilles garde son optimisme: «On se fait parfois un peu peur, mais on n’est pas restés ici à attendre, on bouge, on a des projets, on se lève tous les matins avec envie et plaisir.»

 

Domaine des Afforêts

Florian, vigneron et oenologue, a débuté son parcours dans le vin au domaine du Mont-D'Or en Valais.

Domaine des Afforêts

Le vigneron Gilles Favre pensait devenir charpentier avant devenir travailler sur le domaine familial.

Domaine des Afforêts

Pentu, entouré de murs de pierre, les vignes du domaine des Afforêts sont exigentes.

Clientèle privée. Aux Afforêts, on vend principalement à des privés, des fidèles, les bientôt vingt-sept vins du domaine. On ne fait pas un marketing excessif, sinon en confiant la création d’étiquettes à des artistes de la région. Et on privilégie l’accueil. «Notre domaine marche bien, on vend dans les 50 000 bouteilles par année et on espère monter à 65 000 bientôt. Mais pas plus.»

 

Parcours différents. Bien que fils de vignerons, ni Florian ni Gilles n’ont été forcés de le devenir. L’aîné, 37 ans, a fini l’école à 15 ans, avant d’aller refaire la dernière année à Bassersdorf. Ne sachant que faire au retour, Vincent Fellay, qui gérait le domaine du Mont-d’Or, lui a proposé une place… qui lui a plu, avec un apprentissage entre Sion, Stäffa et Aigle. Puis il a enchaîné par une maturité, la HES de Changins puis un Master, tout en travaillant avec Nicolas Ryser dans le conseil œnologique du côté de Neuchâtel. Le voilà ensuite œnologue cantonal à Genève avant d’avoir le mal du pays. Il a encore passé deux ans chez ProConseil avant de rejoindre l’affaire familiale. Gilles, 34 ans, pensait devenir charpentier mais ses piteux résultats scolaires ne l’ont pas aidé à trouver une place. Un peu par paresse, il a commencé aux Afforêts et il y est resté. «J’ai parfois un peu de regret de ne pas être allé ailleurs mais, dans le même temps, je connais chaque mètre carré de nos vignes par cœur.»
 

 

Domaine des Afforêts

Le domaine des Afforêts, à flanc de montagne sur la route qui monte aux Diablerets.

Coup de cœur: Pour Gilles, le Gamay Comby-Vy, «parce que j’aime ce lieu – ce sont les premières vignes que j’ai achetées – et parce que j’aime le gamay». Pour Florian, «notre syrah qu’on a d’un côté sur des sols calcaires et de l’autre sur des sols cristallins. Cette diversité donne de l’ampleur, de la fraîcheur, le côté épice et du caractère.»

 

En cave: Deux gammes. Sept blancs qui ne font jamais de deuxième fermentation, et dont deux passent en fûts de chêne; un rosé; neuf rouges, dont sept en fûts de chêne. Et plein de nouveaux en projet.

 

Des chefs qui proposent des vins du Domaine des Afforêts: Alain Figuet, à l’Auberge de l’Ours de Vers-l’Église (14/20) ; Simon Bely, au Miroir d’Argentine de Solalex (14/20), Sébastien Rithner, à la Pinte du Paradis d’Aigle (14/20).

 

Accords mets-vins: Gilles est chasseur et il adore finir le cerf qu’il a abattu avec un carpaccio de filets mignons, qu’il associe à sa syrah ou à son cabernet franc.

 

Domaine des Afforêts

 

Photos: DR

 

Soutenu par l'Office des Vins Vaudois