Elena Esposto est l’une des rares femmes maître-chocolatier en Suisse. Depuis 10 ans, elle est l'âme créatrice de la marque contemporaine Sweetzerland. À l'occasion de l’ouverture du nouveau flagship de l'enseigne au cœur de Genève, nous l’avons rencontrée. Retour sur le parcours d’une passionnée de relations humaines qui cherche avant tout à créer de l'émotion sans renoncer à ses valeurs.
Elena, comment êtes-vous arrivée dans le monde de la chocolaterie?
Je ne me pensais pas destinée au chocolat. J’ai d’abord fait des études de pâtisserie dans une école hôtelière. Je viens d’une famille italienne où la nourriture et la terre ont beaucoup d’importance: ce sont de merveilleux souvenirs de moments de partage. En particulier celui de ma grand-mère malvoyante qui me fascinait enfant avec sa capacité à cuisiner grâce à sa mémoire du geste. C’est une partie intégrante des métiers artisanaux comme celui de chocolatier ou pâtissier. Quant au chocolat, cette envie m’est venue après la lecture d’un livre préfacé par Pierre Marcolini, un grand maître chocolatier belge, qui, déjà à l’époque, travaillait directement partir de la fève de cacao. Je suis donc partie en Belgique pour me former. Je pensais uniquement amener cette expertise en pâtisserie car j’imaginais que la chocolaterie ne serait pas un domaine assez vaste pour moi. Finalement, je suis tombée amoureuse du cacao et je me suis rendue compte qu'il me faudrait une vie entière pour en explorer toutes les facettes!

Ce mois de juillet la cheffe célébrera ses 10 années chez Sweetzerland.

Sweetzerland se positionne comme une maison de chocolat suisse artisanale et éthique, avec un twist contemporain.

Chez Sweetzerland, la cheffe Esposto utilise le plus possible d'ingrédients suisses. Tous sont certifiés 100% issus de l'agriculture biologique.
Et pourquoi avoir choisi la Suisse?
J’ai l'habitude d'utiliser cette expression de Paul Eluard: «Il n’y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous». Je revenais d’Équateur, où j’avais visité une coopérative Kallari. Il s’agit d’une entreprise communautaire détenue et gérée à 100 % par des familles indigènes quechua. Je cherchais plutôt un emploi en France et je ne connaissais pas vraiment les artisans chocolatiers suisses. Je suis finalement tombée sur une annonce dans un centre de recherche et développement pour Nestlé. Je n’avais pas le désir de travailler dans l’industrie, mais il faut avouer que ce fut une expérience très enrichissante. J’ai beaucoup appris sur les aspects techniques, d’hygiène et de certifications, mais grâce aux budgets alloués sur l’aspect créatif et le marketing par exemple. J’ai ensuite exercé pendant deux ans comme enseignante à l’EHL en pâtisserie-chocolaterie.
Comment avez-vous connu Sweetzerland?
Cela fera dix ans cet été que je travaille pour la marque. Suite à la naissance de ma seconde fille, j’ai pris quelques mois de pause. J’ai rencontré le fondateur de la marque - qui a aujourd’hui quitté l’entreprise- qui m’a engagé pour prendre la tête de la conception et de la création. Il faut souligner que le fait que ’ai deux enfants en bas âge ne l’a pas freiné, j’ai même pu commencer à 80% à ce poste à responsabilité. Ma mission a été de donner un nouveau souffle à la direction artistique de la marque. J’ai commencé seule en production au sein de la boutique de la rue du Mont-Blanc. Désormais, nous avons un laboratoire à Versoix et nous sommes sept personnes en production.
Quel est l’ADN de Sweetzerland?
Nous sommes une marque de chocolat suisse avec un twist contemporain, engagée et éthique. Et je ne dis pas ça à la légère: ce sont vraiment nos valeurs et nos intentions dans le produit qui créent l’ADN de Sweetzerland. Je suis sans concession sur la qualité et l’origine des produits. Ainsi, nos produits sont donc tous certifiés entièrement biologiques. Une certification malgré laquelle nous sommes néanmoins parvenus à maintenir des prix comparables à ceux de nos concurrents haut de gamme. Nous accordons également une grande importance à la durabilité, notamment à travers des emballages conçus pour avoir une seconde vie. Je pense par exemple à cette boule en pliage, effet origami, imaginée pour Noël, qui sert d’emballage mais peut ensuite être accrochée au sapin comme décoration. Enfin, nous travaillons avec des producteurs locaux comme les Miels de Stéphanie, le Sel des Alpes, et avec le plus possible de fruits, de denrées et de céréales suisses, dès que cela est possible. Pour les fruits à coque, en revanche, mon côté italien reprend le dessus: je vais naturellement me fournir là-bas!

Cette création, imaginée pour Pâques, est un assortiment de demi-cabosses colorées, présentés tel un bouquet en floraison qui s'épanouit délicatement.

Le diamant par caramel à la crème suisse par Sweetzerland.

La truffe framboise avec sa ganache à la pulpe de framboise et son cacao grand cru de Bolivie sauvage, son enrobage cacao grand cru d'Equateur.
Où trouvez-vous l'inspiration?
C’est le lien humain, mais aussi les voyages qui m’inspirent: quand je visite des producteurs de cacao ou lorsque je découvre une exploitation de noisettes dans le Piémont. On ne consomme pas, on ne crée pas de la même manière quand on connaît les personnes, les produits et lorsqu’on vit les choses. Ma volonté est d'honorer ces rencontres. J'essaie de retranscrire l'émotion qu’elles suscitent à travers le chocolat. Pour les Miels de Stéphanie par exemple, j’ai choisi le produit avant de la rencontrer. Aujourd’hui, nous parrainons deux ruches, et nous avons, entre autre, imaginé le Sweet Rocks Müesli à base de miel, de pommes séchées, de graines de courge et de céréales suisses. Enfin, sur un plan plus technique, nous avons remplacé l'intégralité du sucre inverti utilisé dans notre production par le miel de Stéphanie.
Parlez-nous de cette forme diamant «signature» que l’on aperçoit dans vos vitrines.
Il s’agit d’une sorte de «Snow Diamant» avec ses facettes qui se reflètent comme les cristaux d’un flocon de neige que l’on verrait au microscope, un clin d'œil à la Suisse. Le côté boule rappelle aussi notre logo, un cercle, et j’aime cet aspect de kaléidoscope créé par les facettes dans lesquelles la lumière se reflète. Notre diamant caramel est garni de double crème, d'éclats de bricelet artisanaux, et de sel des Alpes bien sûr! La couleur rouge est obtenue grâce à des denrées alimentaires colorantes. D’ailleurs, toutes les couleurs que nous utilisons sont 100 % naturelles.
Pour finir, comment voyez-vous les 10 ans à venir chez Sweetzerland?
Je veux renforcer les piliers et les valeurs de notre création et de notre fabrication, sans compromis. Sur le plan créatif, j’explore désormais une approche plus intuitive afin d’imaginer des expériences toujours plus innovantes et porteuses de sens. Je finalise par ailleurs ma quatrième année de formation en art-thérapie. Pourquoi ne pas faire du cacao et du chocolat un médium artistique? Dans cette même volonté de créer du lien, je souhaite continuer à transmettre des émotions à travers le chocolat.
Photos: Sweetzerland

