À la tête de la maison qui porte son nom, le chef Meilleur ouvrier de France conjugue exigence, sens du détail et liberté créative. Rencontre, à l'occasion du lancement de la Pastry Week, avec un chef solaire, aussi sympathique que talentueux.
Christophe, c'est votre deuxième participation à la Pastry Week. Qu’est-ce qui vous plaît dans cet événement?
La synergie entre les pâtissiers et la rencontre: ce sont des moments rares dans un métier où chacun travaille énormément, souvent dans son coin. Et c’est aussi une belle mise en lumière de notre travail.
Le thème imposé, trésors cachés, est-il une contrainte ou l'occasion de vous amuser?
Un thème imposé, c'est avant tout un défi! Cette année, nous proposons une réalisation qui allie ce thème avec l'actualité de Pâques. Cela va, je l'espère, maximiser les ventes, dont - rappelons-le - une partie des profits va à l'association pour la préservation du Bioparc Genève. Notre création se situe à la croisée de la figure en chocolat et de la pâtisserie. Nous avons imaginé un œuf à partager, qui se décloche et que l’on découvre avec gourmandise!
En 2016, vous étiez parmi les premiers à ouvrir une pâtisserie à la française à Genève. Pensez-vous avoir été un précurseur?
Je qualifierais plutôt mes boutiques de pâtisseries contemporaines. Quant à savoir si j’ai été un précurseur… je ne sais pas. Mais, il est probable que moi, et quelques autres, nous ayons ouvert la voie en apportant de la modernité et de la fraîcheur à ce qui se faisait déjà dans des maisons institutionnelles implantées localement.

Le chef travaille conjointement avec sa femme Caroline.
Au début, pourquoi avoir choisi la Suisse, et Carouge plus particulièrement?
Ce n'était pas ma première expérience en Suisse: j’ai travaillé durant sept ans pour Lucien Moutarlier, et j'ai représenté la Suisse dans plusieurs concours internationaux. J’y ai fait une autre rencontre décisive avec le chef pâtissier Christophe Michalak qui m'a fait engager comme responsable de l’école Valrhona (France). Durant cette période, j’ai aussi présenté le concours de Meilleur ouvrier de France. Avec l’obtention du col tricolore en 2015, j’ai concrétisé le premier de mes deux rêves! L'autre étant de m’installer à mon compte. Ce que j’ai finalement fait en 2016. J’ai d'abord concentré mes recherches sur Genève. Puis, j’ai découvert Carouge et j’en suis tombé amoureux: cet esprit de village vibrant et son histoire, étroitement liée à celle de l’immigration locale: ça m'a semblé parfait. Le temps prouve que j’ai eu raison,

Une nouvelle boutique vient d'ouvrir ses portes à Nyon.
Ces deux dernières années, La Maison Renou a opéré un développement fulgurant avec désormais huit boutiques, notamment à Rolle et Nyon. Pourquoi ce choix?
En 2024, j’ai senti le vent tourner. De nouveaux acteurs sont arrivés sur le marché et je me suis dit qu’il fallait «se bouger». Cette concurrence «providentielle» m’a encouragé à me remettre en question. Par la suite, nous avons ouvert un stand aux Halles de Rive, une boutique aux Eaux-Vives, ainsi qu’à Plainpalais. En mai 2025, nous avons ensuite lancé notre gamme de pains. C’est l’ouverture de la boutique à Veyrier, sans boulangerie à proximité, qui m’a décidé à faire ce choix: cela avait du sens. Nous avons inauguré le Renou Café en automne de la même année, accolée à notre adresse historique carougeoise, en incluant le lancement d’une gamme de snackings salés. Désormais, nous voici dans le canton de Vaud avec les ouvertures de Rolle puis Nyon. Les boutiques sont magnifiques, j'en suis très fier!

Les cakes de voyage de la maison Renou.

Les Mac'sablés du chef.
Peut-on dire que désormais Renou Genève est un groupe?
Un groupe? Non pas du tout, je me considère, encore et toujours, comme un artisan. Je passe plus de 80% de mon temps à la fabrication. Evidemment, ce n'est pas toujours facile de trouver l’équilibre entre la stratégie d’entreprise et le produit, mais quand on se développe, il faut se structurer petit à petit. À présent que tout est en place, je peux consacrer plus de temps à la direction artistique. Il faut dire que je suis magnifiquement secondé par ma femme, Caroline, qui gère toute la communication et le marketing, ainsi que par toute mon équipe.
Avez-vous le sentiment d’avoir perdu le contact avec les clients? Avant, il n’était pas rare de vous croiser en boutique…
Aujourd’hui, nous sommes 15 à la fabrication, dans notre laboratoire carougeois, sans compter le personnel en boutique. J’ai donc aussi un rôle de meneur d’hommes et de femmes. Mais, dans mon emploi du temps, j’essaie toujours de garder du contact avec les clients. Les weekends, j'effectue les livraisons à Rolle ou Nyon et je reste un peu pour ressentir l’ambiance. C'est d’ailleurs indispensable afin de faire des ajustements nécessaires au bon fonctionnement de ces commerces!
En parlant de direction artistique, quel est votre moteur créatif?
Mon fil conducteur, c’est un lien entre la tradition et la modernité. Je n’invente rien, je crée des mélanges de saveurs, inspirés par les rencontres, les cultures, et surtout, je fais ce que moi j'aime! Je suis aussi toujours à l'écoute de mon intuition. Par exemple, pour notre produit signature, le mac sablé: je voulais simplement du macaron traditionnel, tout en conservant ce côté nomade et régressif. Du chocolat, le croquant du biscuit sablé: ça fonctionne à merveille non? C’est aujourd’hui le best-seller en chocolaterie. Mon plaisir, c’est de créer des souvenirs, de l’émotion pour les gens. Celui qui décide au fond: c’est toujours le client.
Pour finir, que pensez-vous de cette nouvelle scène émergente de jeunes pâtissiers ambitieux?
Je crois sincèrement qu’il y a de la place pour tout le monde. Un marché dynamique, ça tire tout le monde vers le haut. Ça pousse à se dépasser, à se remettre en question, à être à l’écoute du marché, des clients et des réalités commerciales. Tout ce que j’ai à dire à ce sujet c’est finalement: vive pâtisserie romande!

