Texte: David Moginier

FAIRE ENCORE MIEUX. À 28 ans, Johann Parmelin fourmille d’idées pour prolonger et encore améliorer le pionnier du vin bio qu’a créé son père. «Il va me laisser un domaine extraordinaire où beaucoup a déjà été fait, avec vingt-cinq hectares en propriété et une structure d’accueil hors norme pour nos vins de qualité. Mais il y a encore mille petites choses qu’on pourrait faire encore mieux.» C’est d’ailleurs inscrit sur le site web de La Capitaine sous la photo du jeune homme: «Est convaincu qu’il fera mieux que son père.» Il y a de l’humour dans la famille et une bonne entente entre Reynald et son fils aîné.

 

UNE EXPANSION MAÎTRISÉE. La huitième génération des Parmelin (de parenté éloignée avec le conseiller fédéral) a fait fort, en effet. En 1990, Reynald reprend la moitié des vignes paternelles, trois hectares, dont il s’occupe à côté de son job de professeur à Changins, son frère Yvan reprenant l’autre moitié. Dès 1994, il se convertit au bio, le premier dans le canton. Et, en 2010, il fait le pas de la biodynamie avec Demeter. Les trois hectares sont aujourd’hui vingt-cinq, les bouteilles bleues sont connues loin à la ronde et les événements se succèdent au domaine de Begnins. S’il est en train de gentiment passer la main à son fils, qui devrait être propriétaire l’an prochain, il va continuer à travailler dans ce qui reste sa passion, à lui et à sa femme Susanne.

 

DES CHANGEMENTS PROGRESSIFS. Le jeune homme va évidemment garder les bouteilles bleues de son papa, «un cadeau marketing qu’il m’a fait, on sait tout de suite que ce sont nos vins dedans». Mais il va en changer les étiquettes, en l’occurrence passer à des étiquettes sérigraphiées pour leur donner davantage de modernité. La gamme de vins, elle, ne devrait pas trop changer, peut-être même être réduite un peu. «J’ai tellement d’ambition pour nos vins, je veux encore les améliorer. À terme, j’aimerais que La Capitaine soit une référence en Suisse, des vins qu’on conseille à des étrangers de passage comme ceux de Marie-Thérèse Chappaz, Gantenbein, la Maison Carrée ou même pourquoi pas la Romanée-Conti.»

 

L’EXCELLENCE SINON RIEN. «Aujourd’hui, si vous ne faites pas des très bons vins, voire des très très bons vins, vous êtes mort. On ne peut pas régater question prix pour les entrées de gamme face à l’étranger. On sait que la consommation baisse régulièrement, mais que les grands crus restent recherchés. Ce doit être notre créneau.» C’est aussi pour cela que les Parmelin élèvent certains de leurs rouges plusieurs années en barrique ou en bouteille avant de les vendre. «Les gens consomment rapidement les vins qu’ils achètent et n’ont souvent pas les conditions pour garder bien des bouteilles. Cela me ferait mal au cœur qu’ils boivent des produits qui ne sont pas encore au top.»

 

MISER SUR L’EXPÉRIENCE CLIENT. À Begnins, les Parmelin disposent déjà d’un superbe espace d’accueil, entre terrasse, salles, chai à barrique. Les mercredi soirs, les afterworks sont légendaires. Mais ils accueillent également 150 à 200 événements par an, du séminaire au mariage, de l’accord mets-vins aux soirées dansantes. «Nous avons de la chance, avec trois personnes chez nous qui s’occupent exclusivement de ça. Mais toujours en relation avec nos vins, des visites de cave, des présentations ou des dégustations. C’est extraordinaire, parce que cela tourne et qu’en même temps, cela fait de la pub à nos vins. On est payés pour faire notre marketing…»

 

UN PARCOURS À LA CAVE. À terme, Johann aimerait concevoir une expérience client complète où l’acheteur serait reçu dans une cave faite pour lui expliquer le travail, un espace de dégustation cohérent et qu’il «ressorte avec un sentiment de wouah!» «Ce que j’ai vu dans les domaines du Nouveau Monde me pousse à faire ça, à proposer autre chose qu’une simple dégustation de nos crus, mais en faire un événement en soi. Le vin est un produit émotionnel, si on le déguste dans un environnement magnifique, avec des gens qu’on apprécie, on le trouvera encore meilleur.» Surtout, il veut rassurer les gens, parfois impressionnés par les termes utilisés par les spécialistes. «Quand un sommelier vous fait part de toute sa science, cela intimide. Moi, quand je parle de vin, je parle de mon travail, de l’émotion. Cela doit être divertissant.»

 

RÉVÉLATION TARDIVE. La 9e génération, elle, a pris les chemins de traverse avant de revenir au domaine. «Mon père ne nous a jamais forcé, mon frère Robin et moi, à lui succéder. Moi, j’ai commencé par faire mon gymnase, afin de garder toutes les possibilités ouvertes. J’ai fait plein de stages, dans les énergies renouvelables ou autres, en donnant des coups de main au domaine. Puis je suis allé faire une année de stage chez les Schwarzenbach, à Meilen (ZH), où il y avait justement la transition entre deux générations. Ça m’a plu, aussi parce que je ne me voyais pas travailler derrière un ordinateur toute la journée.» Il enchaîne par son bachelor d’ingénieur à la HES de Changins tout en commençant à vinifier à la maison. Avant de partir deux ans faire quatre vendanges, aux États-Unis, en Argentine, au Barolo et en Nouvelle-Zélande. Il a repris le contrôle de la cave familiale dès la vendange 2025, puis celui des vignes cette année. Tout en épousant Gisella, une Colombienne spécialiste du café, rencontrée pendant ses voyages.

 

Soutenu par l'Office des Vins Vaudois

 

Photos: DR