Dis-moi ce que tu aimes, je te dirai que boire. Voilà qui pourrait résumer le concept de Karafe, un nouvel outil mis au point pour faciliter l’accès au vin des néophytes comme des amateurs en quête de découvertes. Créé au printemps 2026 à Bussigny, à l’ouest de Lausanne, ce concept est né d’un constat simple: dans un marché déjà chamboulé par la baisse générale de la consommation d’alcool, le réchauffement climatique, la baisse du pouvoir d’achat et la concurrence de nouvelles boissons à l’heure de l’apéro, le vin souffre aussi d’aprioris tenaces. Et ce, surtout sur les jeunes générations. «Complexe», «élitiste», «cher»… il est délaissé par ceux qui se sentent perdus dans les cépages, les millésimes ou les notes de dégustation, au profit de boissons plus festives, vins effervescents, cocktails et autres prêts à boire.

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L'ambre 2012 du Valaisan Christophe Abbet est l'une des pépites dénichées par Charles Perrier qui le définit comme «une rareté, l’Yquem Valaisan!».

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150 vignerons, 350 vins artisanaux... les bouteilles proposées par Karafe, comme ce vin languedocien, se situent entre 15 et 35 francs, à l'exception de quelques pépites plus rares.

De Qoqa à Karafe. Jeunes, amateurs de vins et totalement connectés, Bryan Cornelius, 34 ans, et Charles Perrier, 29 ans (de droite à gauche dans la grande photo), se sont rencontrés chez Qoqa, la célèbre plateforme romande de commerce en ligne à la loutre rose. Le premier y officiait comme product manager, le second y occupe toujours le poste d’acheteur vins et grands crus. Fins connaisseurs du marché et avides de solutions pour faciliter l’acte de consommation, ils ont eu l’idée de créer un outil capable, grâce à un questionnaire rapide à compléter en ligne en trois minutes («Bois-tu du café tout seul ou sucré avec du lait?», «Préfères-tu le chocolat noir ou au lait?», etc.) de déterminer le profil des goûts de chacun. Et de proposer, par e-mails réguliers, des bouteilles adaptées et sélectionnées par leurs soins, parmi des domaines à taille humaine et pratiquant une viticulture respectueuse, le tout livré à domicile. 

 

Acheter sans goûter. «L'ADN de Karafe, c'est de démocratiser l’approche du vin la rendre facile, en cassant cette barrière qui laisse penser qu'il faut être initié pour apprécier, ou encore qu'il faut avoir goûté un vin avant de l'avoir acheté», explique Bryan Cornelius. Développé dans l’incubateur Apolo associé à Qoqa, leur entreprise en est toutefois totalement indépendante. Et vise une clientèle nationale.

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Œnologue de formation, Charles Perrier s'est forgé un solide réseaux grâce à ses recherches pour Qoqa. Pour Karafe, il peut proposer des vins plus confidentiels qui ne sont pas produits en grandes quantité. 

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Le concept imaginé entre autres par Bryan Cornelius a profité d'une levée de fonds de 600'000 francs pour améliorer encore sa plateforme, et notamment les commentaires de ses clients.

Pas d'IA. Alors que l’intelligence artificielle pénètre aussi l’univers du vin, pour améliorer le profil de vins ou débusquer des contrefaçons de grands crus, l'algorithme de Karafe en est dépourvu. Celui-ci est seulement fondé sur la statistique, comme l'explique Charles Perrier: «Remplacer notre expertise par de l'IA, ce n'est pas possible [...] l'IA, pour moi aujourd'hui, elle risque d'être [...] trop précise, trop stéréotypée, de nuire à la découverte ».

 

Win-win. Laisser à l’IA le soin de définir le profil de leur client et de choisir leurs vins, Charles et Bryan s’y refusent aussi pour proposer des crus étonnants, de petites pépites et autres vins d’allocations que Charles, fort du réseau qu’il s’est taillé chez Qoqa, parvient à obtenir. Avec son catalogue de quelques 150 vignerons, dont 30% en Suisse et le reste en Europe, Karafe a déjà séduit plus de 5000 curieux qui profitent de leurs suggestions et de la facilité de bouteilles livrées directement à la maison. Un système qui a du bon aussi pour les vignerons, déjà accaparés par leur production et l’accueil du public sur leurs domaines: «On a un rôle de passeur dans ce monde paysan, on aide le consommateur à être livré facilement par des domaines qui n’ont parfois pas franchi le pas de la vente en ligne».

 

Restaurateurs intéressés. Si le duo a pensé son outil pour les particuliers, il est, à leur grande surprise, également utilisé par des pros: «Grâce à sa flexibilité, les restaurateurs peuvent commander des petites quantités panachées, idéales pour tester de nouvelles cuvées ou proposer des cartes des vins originales. En l'absence de sommelier, nos fiches peuvent servir au personnel pour raconter le vin de manière simple et accessible.» Après le vin tranquille, voici le vin facile!

 

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Photos: Karafe.ch