Texte: Pierre-Emmanuel Fehr Photo: DR

La dégustation. Huit heures du matin! Départ pour Chamoson pour la dégustation du nouveau millésime de Raphaël Maye. Du haut de ses 30 ans, mi-plaisantin, mi-directif, il ne laisse aucune chance sur l’horaire: «Ça goûte mieux le matin, alors il faut se lever, on bosse, ici!» Chaque mois de mars depuis son premier millésime en solo il y a quatre ans, il réunit quelques proches  dégustateurs ayant la critique sincère et un historique des vins du domaine pour une première impression extérieure des vins qu’il s’apprête à mettre en bouteilles. Comme un vieux limier, il guette les expressions de ses convives et anticipe leurs remarques, leurs sourires, leurs respirations soulagées, le moindre silence prolongé. Ce rituel annuel, il le déguste, avec la confiance de celui qui sait son travail accompli, mais avec la curiosité de l’autre, des ressentis de chacun, et soucieux de les intégrer dans la poursuite de sa quête.

 

Homogénéité et constance. La dégustation du millésime 2020 et des 2019 passés en fûts de chêne est sans appel: la qualité de l’ensemble des cuvées est stratosphérique. Bien sûr, la syrah vieilles vignes, régulièrement citée parmi les meilleures syrahs du monde, laisse l’assemblée sans voix: élégante, claquant sur la langue, elle se complexifie à chaque seconde dans le verre, tandis que sa petite sœur la syrah cuve est juteuse et électrifie le palais. Mais ce qui frappe et qui fait la rareté des meilleurs domaines, c’est le niveau de l’ensemble des 18 cuvées, de la simple dôle (un fruit croquant et ruisselant), aux trois fendants (Fauconnier, Trémazières et Grand Cru Moette, eau de roche cristalline), en passant par les spécialités (petite arvine, cornalin et humagne rouge), respectées dans toute leur typicité.

Maye

Le petit-fils, Raphael, qui aujourd'hui a repris les rênes du domaine, rejoint son père Jean-François et son oncle Axel.

L’ascension vers la fraîcheur. A la reprise en 2015 de la cave tenue par son père, Jean-François, et son oncle, Axel, fils de Simon qui l’a fondée en 1948, la cave est au sommet des vins suisses. Il fallait avant tout maintenir la qualité et la renommée, objectif ambitieux malgré le patrimoine de vieilles vignes et les sols sains. Mais Raphaël est allé plus loin en pérennisant le style familial, tout en affirmant sa patte par touches successives, millésime après millésime: un supplément de fraîcheur et une personnalité intacte. Les vins sont tactiles, directs, résultat d’une précision implacable, de la récolte jusqu’à la mise en bouteilles. Deux cépages représentent le mieux cette progression. Le gamay, sans renier le sauvage du cépage cultivé sur le calcaire valaisan, laisse littéralement jaillir une infusion de fruit griotté. Le nez des deux cuvées de pinot noir, kirsché-fraisé, nous rapproche plus de la Bourgogne que de la chaleur des coteaux valaisans. La bouche est friande, souple et digeste, d’une buvabilité qui frise l’évaporation.

 

Capacité de garde. Le domaine Simon Maye & Fils a toujours accordé une grande importance au vieillissement de ses vins, retirant une partie de la production pour sa garde personnelle. La vinothèque permet aujourd’hui de prouver le potentiel des meilleurs vins valaisans. Une récente dégustation nous a confirmé la tenue de la petite arvine 2000, or liquide aux senteurs de forêt après la pluie, l’énergie et le velouté de la syrah vieilles vignes 1997 et la délicatesse d’une syrah cuve 1986 cuivrée-orangée, finement herbacée, qui semblait revivre ses amours de jeunesse. Vous l’auriez cru? Nous les avons bues.

 

>> www.simonmaye.ch